
| Amnesiaque |
| Le col à l’assaut des frimas Me voilà en bas de chez toi C’est l’heure d’avant celle des trams On s’croirait dans un… psychodrame ? Je me la joue à la Humphrey Bogard ou Humphrey Bensussé ? Je m’marre tout seul - autour de moi Ça fait vraiment… Casablanca ? La nuit à te serrer le corps Mais comment tu t’appelles encore ? Mes pas sur la chaussée d’Anvers Mine fadasse du jour qui perce C’est l’heure où Bruxelles propreté Chasse la nuit à coups d’balais Comme James Dean sur la photo Long manteau noir et le mégot À la gueule ça mis à part On s’croirait sur… Sunset Boulevard ? La nuit à susurrer ton nom Pour l’oublier au bout… c’est con ! Evidemment j’hèle un taxi Noctambules entassés tant pis Le bar du coin m’fait des faveurs On s’croirait dans… Edward Hopper ? Puis non il faut bien se coucher Le soleil darde un bout de nez L’économie se lève la preuve Les navetteurs remontent le fleuve Il me semble quant à ton nom Qu’ça finissait en queue d’poisson. |

| Chareroi |
| PLUIE DE STALACTITES GELÉS DENTELLES SOUS LA CHEMINÉE PETITS MESSIEURS AUX AKTENTAS ASSIS SUR UN TRÔNE DE GLACE PRÉAU AUX MANCHES RETROUSSÉES FUMET DES SOUPES REPASSÉES FESSES DE FEU HURLANT POLICE LOUP BLEU TAPI DANS LA COULISSE CORONS COSSUS CACHE-MISÈRE CAVE-COCON DES THÉGÉNÈRES SANS YEUX SANS BRAS SENTANT L’ALCOOL LOLA L’HIVER DANS LA RIGOLE. CRÈVE CRI LE DOS DE L’ENFANCE VOLEZ VOILES DE L’INNOCENCE LA GOMME LAISSERA SA TRACE SUR L’ASPHALTE. RIEN NE S’ÉFFACE. DANTE, DANS TES CERCLES DIABOLIQUES AS-TU CROISÉ LES MURS DE BRIQUES ET LES FUMÉES DE CHARLEROI ? D’OÙ VIENS-TU VASE DE L’ÉTANG ? REMUE LE BÂTON DES TOURMENTS UNE PIERRE SUR L’ILÔT BOUGE LOURDE PAUPIÈRE ET FOURMIS ROUGES MOUILLÉ DE NUIT LE POINT SCINTILLE PLANE UN CRI DE GARE TRANSIE L’ÉPITAPHE DES FIRMAMENTS CLAQUE DANS LA ROUILLE ET LE VENT NAVETS VOMIS PAR LES SOUS-SOLS DIASPORA DE NÉCROPOLES MASCARA MASQUE DES ABYSSES SEMENCE AU GLAND DES SACRIFICES HORIZON NUIT : TOUT FEU TOUT FLAMME CIEL ARRACHÉ RÉPAND SES SQUAMES OYEZ VIVANTS SUIVEZ L’ETOILE LUISANT AU FOND DE CE CANAL DANTE, DANS TES CERCLES MALÉFIQUES AS-TU CROISÉ LES FAMÉLIQUES LES MORTS-VIVANTS DE CHARLEROI ? |

| Encore combien de fois Dormir avant la nuit ? |
| Encore combien de fois Déchirer du tranchant d’un cri Le voile opaque du sommeil L’écran blanc blême de la nuit Combien de fois encore Le vide en boule à mon plexus Qui a volé les feux du jour ? Vampire au cou rivé me suce Encore combien de fois dormir avant la nuit ? Encore combien de fois La pluie sur la route battante Suivre les oreilles à vif De nos défunts la marche lente Combien de fois encore Plonger au fond de la bouteille Pour un retour en case épave Nageur bravant l’onde vermeille Encore combien de fois dormir avant la nuit ? Encore combien de fois Guetter dans les yeux la pépite Minuscule lueur d’amour Ultime tison qui crépite Combien de fois encore Salé sacré nos corps à corps Noces de sang fosses de chair Jouir ! Jouir ! Avant la mort Encore combien de fois dormir avant la nuit ? Encore combien de fois Grimper tout en haut de la dune Au vent du nord les bras en croix Hurler comme loup à la lune Combien de fois encore Planer nu dans le tourbillon Des astres couché sur le dos Dans l’herbe où chantent les grillons Encore combien de fois dormir avant la nuit ? |

| MISS IMMONDE |
| Je suis tombé sur miss monde Un jour au bout de ma banlieue Les genoux crottés les cheveux Hirsutes la robe en lambeaux Et je songeai voyant ses yeux A ceux de la biche aux abois Rampant dessous la palissade A quatre pattes dans la boue Elle sortait d’un terrain vague Et je songeai que jamais rien Ne m’avait paru plus curieux : Miss monde au bout de ma banlieue D’entre ses guenilles échappé Un sein pointait blanc tout menu Je songeai au shiitake Poussant au sein des marécages Ou encore au flanc retourné Par l’enfant à même la table Elle se cabra quand elle me vit Et fit un sifflement mauvais Elle montrait tant de défiance Je cru bon de garder distance Nous restâmes yeux dans les yeux Miss monde et moi dans ma banlieue Enfin je pu l’amadouer Et m’approcher un tant soit peu Je pris ses doigts fins de mes doigts Et l’emmenai au bar tabac Son odeur était singulière Urine mêlée de sueur Le bar était vide à cette heure La radio jouait la java J’assis miss monde à mes genoux Et j’embrassai sa bouche immonde Nous restâmes silencieux Au bar tabac de ma banlieue Je lui payai des picons-bière Qu’elle bût bien goulûment Et tandis que coulait la bière Aux joues de ma miss assoiffée Je songeais à ces grands danois Dont la bave coule aux bajoues Puis nous dansâmes un deux trois Au rythme bleu de la java Miss monde tombait quelques fois Ne lui laissant aucun répit Je la relevais aussitôt J’avais sombré dans la folie Miss monde couverte de sang Tournait encor le corps ballant Et tandis que nous nous cognions Aux quatre coins du bar tabac Le patron coupa la java Et nous mit la télévision Alors comme la morte antique D’un coup ma miss à reculons Disparut dans le cathodique Et je songeai que jamais plus Je ne serais aussi heureux Qu’avec miss monde en ma banlieue. |
